facebook

Leçons de vie de Bill Gates, l’homme le plus riche et le plus généreux du monde

a-bill

Commentaires A la Une, Plus loin avec

À 60 ans, le milliardaire américain Bill Gates trône sur la plus haute marche du podium des hommes plus riches de la planète, avec une fortune estimée cette année par Forbes à 82 milliards de dollars. L’homme le plus riche du monde est aussi le plus généreux. Le géant de l’informatique a quitté son entreprise pour créer avec sa femme, en 2000, la Bill & Melinda Gates Foundation. Il en fait la plus importante oeuvre de charité pour en finir avec la pauvreté et les épidémies dans le monde.

Bill est riche, très riche. Mais, cela ne l’empêche pas d’avoir certaines valeurs… De ses enfants, il dira « Je pense que transmettre ma fortune à mes enfants ne leur aurait pas rendu service.  Mes trois enfants ont déjà beaucoup de chance. Ils bénéficient des meilleures écoles, des meilleurs médecins et, quand ils seront adultes, ils s’en sortiront très bien. Mais je pense qu’ils doivent grandir, trouver leur voie et découvrir la vie par leurs propres moyens. C’est mieux pour eux. Ce ne serait pas leur faire un cadeau que de leur transmettre tout notre patrimoine de façon dynastique ». 

Entretien…..

Paris Match. Comment êtes-vous devenu philanthrope?
Bill Gates. Mes parents étaient très impliqués dans le volontariat. Ils donnaient de l’argent aux écoles du quartier où j’habitais, ainsi qu’à Planned Parenthood, une association d’aide aux femmes. On en parlait souvent le soir, au dîner. Quand j’ai créé Microsoft, j’ai encouragé les employés de la société à en faire autant. Dès qu’ils faisaient un don à un organisme de leur choix, l’entreprise doublait le montant de ce don. Microsoft est ainsi devenu leader dans ce domaine. J’ai toujours pensé que la générosité était la meilleure chose qui puisse vous arriver quand vous avez la chance d’avoir de l’argent.

a-bill-uQu’est-ce qui vous a décidé à créer cette fondation?

Le déclic a eu lieu en 1993, à l’occasion d’un voyage touristique en Afrique. Avec Melinda, nous sommes allés en Tanzanie, au Zaïre [aujourd’hui République démocratique du Congo] et au Kenya. Nous n’avions jamais vu la pauvreté de près, les femmes sans chaussures dans les rues, les enfants souffrant de malnutrition… Je ne connaissais que les statistiques. En voyant la situation de nos propres yeux, nous avons compris ce qu’est l’existence sans ce qui, pour nous, fait partie du quotidien: des routes, des systèmes d’irrigation qui permettent à l’agriculture de ne pas dépendre du climat. Je me souviens être allé, un peu plus tard, dans un hôpital. Tous les enfants souffraient de malaria. Peu s’en sont sortis, probablement. Je me souviens aussi de cliniques où les femmes enceintes arrivaient trop tard et mouraient sur place, d’une infection parfaitement curable chez nous, avec leur bébé. J’ai aussi passé beaucoup de temps en Haïti. Tout cela m’a ouvert les yeux.

Votre réaction?
Je me suis demandé pourquoi on en était là, comment on pouvait résoudre ces problèmes. J’ai cherché à savoir si des solutions existaient. Et j’ai compris qu’elles manquaient. Alors j’ai créé la fondation.

En 2000, vous avez donné beaucoup d’argent à la Fondation Bill& Melinda Gates, faisant de cette organisation la plus importante oeuvre de charité dans le monde. Que ressent-on quand on signe ce genre de chèque?
C’était excitant. Cette initiative signifiait que je créais une nouvelle équipe, exactement sur le modèle de Microsoft, avec les meilleurs talents, une stratégie qui permette de cerner les problèmes les plus urgents, le meilleur système de distribution dans des zones très défavorisées, le type de science le plus prometteur, les bons partenariats…

Vos enfants étaient-ils d’accord?
Melinda et moi avons pris bien avant notre mariage cette décision de donner l’essentiel de mon patrimoine à la fondation. Nos enfants n’étaient pas nés. Mais je pense que leur transmettre ma fortune ne leur aurait pas rendu service. L’argent sera en très grande partie reversé à la fondation.

« Ne dites pas que je sauve le monde, je contribue juste à sauver des vies »

Pourquoi? 
Mes trois enfants ont déjà beaucoup de chance. Ils bénéficient des meilleures écoles, des meilleurs médecins et, quand ils seront adultes, ils s’en sortiront très bien. Mais je pense qu’ils doivent grandir, trouver leur voie et découvrir la vie par leurs propres moyens. C’est mieux pour eux. Ce ne serait pas leur faire un cadeau que de leur transmettre tout notre patrimoine de façon dynastique.

Fonder une dynastie Gates, très peu pour vous?
Je ne pense pas que le monde soit fait pour être détenu par un roi ou une aristocratie. On a déjà vécu ça. A chaque génération son challenge. Cela dit, je connais beaucoup d’enfants issus de dynasties qui arrivent à monter un business avec succès, en ayant hérité…

Vos enfants soutiennent ‘papa-qui-va-sauver-le monde’?
Ils se rendent en effet en Afrique et constatent le travail que nous y effectuons. Mais ne dites pas que je sauve le monde, je contribue juste à sauver des vies, à réduire la mortalité et la malnutrition là où c’est possible, à la hauteur de mes moyens.

 

a-billVous travaillez autant qu’avant? 
Je travaille toujours beaucoup, mais rien à voir avec mes horaires extrêmes d’autrefois, entre 20 et 30 ans, quand je n’avais pas d’enfants. Mon rôle à la fondation est très gratifiant. Je voyage le tiers de mon temps. Je lis et réfléchis énormément, sans arrêt. Après ce déplacement à Paris, où j’ai signé un accord de partenariat avec l’Agence française de développement, je me rends à Londres pour rencontrer des scientifiques. Puis, en fin de semaine, je rentre à Seattle, où se trouve le siège de notre fondation pour faire le point sur notre stratégie d’innovation.

Aucun regret par rapport à Microsoft? 
Non, aucun. Mon travail à la fondation est passionnant. J’ai commencé à mi-temps pendant huit ans et, depuis quatorze ans, je suis à plein temps. Mais je donne encore mon avis sur le développement de certains nouveaux produits de Microsoft, ce qui continue à m’amuser. Je ne suis pas totalement coupé de la révolution numérique!

A ce propos, ne craignez-vous pas que la constitution de grands monopoles des technologies de l’information nuise, à terme, aux libertés individuelles?
Non. Il existait autrefois des monopoles de l’information: des grands groupes possédaient chaînes de télévision, magazines ou journaux. C’étaient des positions privilégiées. Aujourd’hui, la révolution numérique permet à chacun d’avoir accès à l’information, de la partager, de s’exprimer, d’être vu et entendu, et il faut tout faire pour que cette nouvelle liberté demeure. J’envie les enfants d’aujourd’hui qui ont tout à portée de main. En un clic, ils peuvent apprendre beaucoup plus facilement que moi autrefois. Mais il faut être vigilant. Les gouvernements doivent veiller au respect de cette diversité.

De quoi êtes-vous le plus fier?
D’avoir lancé des vaccins qui ont sauvé des millions de vies, et fait le nécessaire pour que les pays du tiers-monde aient accès à des médicaments dont ils étaient privés jusqu’alors, car ils ne représentent pas un marché rentable pour les laboratoires pharmaceutiques. Nous avons réussi, en quelques années, à quasiment éradiquer la polio. J’y ai consacré beaucoup de temps, notamment dans des pays difficiles comme le Nigeria, le Pakistan et l’Afghanistan. Nous avons, avec des firmes locales, créé des partenariats qui se sont révélés très performants.

(…)

Qui sont vos héros aujourd’hui?
Louis Pasteur, qui est probablement l’homme qui a le plus sauvé de vies. Tous ces scientifiques anonymes qui travaillent pour l’innovation, les volontaires de terrain dans les zones difficiles qui se battent pour faciliter l’accès aux médicaments. J’ai aussi eu le privilège, avec ma femme, Melinda, de coopérer avec Nelson Mandela, quand il s’est retiré de la présidence, sur l’ostracisme dont sont victimes les personnes atteintes du virus du sida, sujet sur lequel il a beaucoup agi. Côtoyer un homme d’Etat aussi éclairé dans un pays défavorisé, c’est toujours extraordinaire.

(…)

Voudriez-vous qu’on se souvienne de vous comme le fondateur de Microsoft, ou comme celui qui aura sauvé des vies à la tête de votre fondation?
Je ne cherche pas particulièrement à ce qu’on se souvienne de moi, à l’exception de mes enfants, bien sûr. Je travaille beaucoup aujourd’hui sur l’éradication du sida et je pense qu’on aura mis au point le vaccin avant que je meure. Mais une fois qu’on aura la solution, le problème sera derrière nous, on ne se souviendra pas de qui l’aura trouvée.

Source: Paris Match, 27 octobre 2016

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *