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Le Dépôt sacré à la lumière du Coran et des hadiths (première partie)

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Aux origines du Dépôt sacré

Le terme « Al Amânah » souvent traduit par « Le Dépôt », est mentionné une seule fois dans le Coran de façon grave et redoutable et indique une responsabilité singulière et exclusive de l’être humain dans la création et notamment sur terre. Cette responsabilité est ambivalente en ce qu’elle révèle la grandeur de l’être humain et sa fragilité. Voici l’unique verset qui en parle : « En vérité, Nous avons proposé aux cieux, à la terre et aux montagnes Al Amânah (le Dépôt). Ils ont refusé de le porter et en ont eu peur, alors que l’homme s’en est chargé ; il est vraiment foncièrement injuste et ignorant.» (Coran, 33 : 72)

L’objet de cette contribution n’étant pas de faire une revue large de ce que disent les commentateurs du Coran à ce sujet, notre option consiste à donner quelques éléments constitutifs de « Al Amânah » que nous rendrons pour la suite par le terme de Dépôt sacré.  Il s’agit d’un Dépôt sacré au sens où l’humain accepte d’assumer quelque chose qui l’engage devant Dieu et qui est assortie d’un cahier de charge qu’Il tient à voir respecter.

C’est ce contrat d’un genre unique qui donne à « Al Amânah » un statut, une valeur et une dignité intrinsèques. Ce concept coranique de Dépôt sacré comporte une dimension de libre arbitre sans laquelle ce « contrat » entre Dieu et l’humanité relèverait de la contrainte, c’est pourquoi le verset parle bien d’un Acte divin de proposition. Une autre dimension de ce Dépôt sacré réside dans la notion de responsabilité qui implique de rendre des comptes (l’expression « reddition de compte » est plus usitée de nos jours vu qu’elle figure en bonne place dans le vocabulaire associé à la bonne gouvernance). Il est nécessaire aussi d’inclure la dimension de capacité car si le contractant n’a pas les moyens d’agir aux fins de la réalisation du mandat en question, il serait injuste de lui demander des comptes sur un échec programmé. Enfin, on ne peut négliger dans ce Dépôt sacré, la dimension de confiance, c’est-à-dire que si les deux parties considèrent que le contrat sera trahi par l’une ou l’autre ou les deux, alors, le ver est déjà dans le fruit.

Notre soutenons sur la base du verset susmentionné qu’il est possible de lire les tragédies de l’humanité comme une conséquence de l’oubli ou de la trahison du Dépôt sacré. En effet, si on tient pour vrai que Dieu est Omnipotent et Omniscient, Sage, Juste et Reconnaissant, alors la crise actuelle du rapport de l’humanité au Dépôt sacré ne peut Lui être imputée. Il respecte absolument Ses promesses de donner au contractant humain tout ce qui est nécessaire à la mise en œuvre de la mission à lui assigner. En revanche, de par son libre arbitre, ce dernier peut faire l’option d’oublier et de trahir le Dépôt sacré. C’est ce qui est arrivé au premier être humain, Adam. Quand il a oublié les recommandations de Dieu à l’égard de Satan, dans le paradis qui sera perdu de ce fait, il s’égare et en est expulsé : « En effet, Nous avons auparavant fait une recommandation à Adam ; mais il oublia ; et Nous n’avons pas trouvé chez lui de résolution ferme. » (Coran, 20 : 115)

Il est capital de noter que l’emprise de Satan sur Adam a été indirecte vu qu’elle est passée par le murmure (al waswasah) dont il se sert dans ses œuvres maléfiques, et qu’elle a consisté à exciter les désirs si humains d’immortalité, de puissance, de possession ainsi que de démesure. D’où il appert qu’il est limite de jouer au fatalisme exprimé en langue wolof par la fameuse et douteuse expression « saytaané man nama » (Satan a été plus fort que moi) après la commission d’une faute. A la lumière du Coran, Satan n’est fort que de sa ruse à jouer sur notre faiblesse à vouloir toujours plus et autre.

A ce Dépôt sacré, il faut associer d’autres concepts fondamentaux du Coran pour encore voir ce que recouvre la singulière dignité de l’être humain, à savoir : « al khilâfah » (le Califat), « ‘imâratul ardz » (peuplement et mise en valeur de la Terre) et « ‘ibâdah » (adoration). Il convient de retenir que le concept de « Khilâfah » renvoie à cette Institution à la tête de laquelle Dieu installe Adam et sa progéniture aux fins de la sauvegarde de la vie et de l’harmonie sur Terre : « Lorsque Ton Seigneur confia aux Anges : «Je vais établir sur la terre un «Khalifa». Ils dirent : «Vas-Tu y mettre un qui va semer le désordre et répandre le sang, quand nous sommes là à Te sanctifier et à Te glorifier?» – Il dit : «En vérité, Je sais ce que vous ne savez pas !» (Coran, 2 : 30).

Ce Califat originel ou primordial est donc un ministère, un vicariat et l’Institution des institutions dont l’être de « ‘ibâdah » est traduite par adoration étant entendu que selon la théologie musulmane, il couvre toute œuvre (parole et acte) faite dans l’intention d’obtenir l’agrément de Dieu et dans le respect de Sa Loi (prescriptions, proscriptions et recommandations) : « Et Je n’ai créé les djinns et les humains que pour qu’ils M’adorent » (Coran, 51 : 56) Ce qui est souvent appelé « pratiques cultuelles » constituent les piliers de l’œuvre d’adoration globale telle que définie en islam.  « Al amânah » est quant à lui, comme le disent les commentateurs du Coran, l’ensemble des obligations prescrites par Dieu à l’être humain assorties de sanctions positives ou négatives en fonction du respect ou non de celles-ci (les obligations prescrites).

Le Dépôt sacré et primordial se décline en des dépôts pourrait-on dire secondaires ou spécifiques qui touchent à toute l’existence humaine. En effet, un autre verset nous dit : « Certes, Allah vous commande de rendre les dépôts à leurs ayants-droit, et quand vous jugez entre des gens, de juger avec équité. Quelle bonne exhortation qu’Allah vous fait ! Allah est, en vérité, Celui qui entend et qui voit tout » (Coran, 4 : 58). Le grand commentateur, Al-Qurtubi, considère que ce verset est le plus important et le plus significatif du Coran en matière de législation. Nous dirions de nos jours qu’il est un fondement éthique de la pratique législative et de bonne gouvernance. Trois mots clés ressortent de ce verset : commandement divin (amr) qui implique la notion d’obligation morale pour le responsable, les dépôts (amânât) qui renvoient à l’objet sur lequel porte la responsabilité en question (ce qui est dû à autrui). Il faut toutefois noter que « Autrui » ne doit être réduit ni à l’humain contemporain ni à l’humain exclusivement. Mais cet aspect de la chose qui consiste à prendre en compte dans le Dépôt sacré et les générations futures et les  non humains ne sera pas abordé dans ce texte. Les ayants-droit (ahlihâ) indique la ou les personnes à l’égard desquelles le responsable est responsable si la répétition ne gêne pas.

C’est donc un commandement de Dieu comme d’autres de Ses commandements portant sur divers domaines, que de respecter les dépôts et de s’en occuper en droite ligne des aspirations des ayants-droit. Cette notion d’ayants-droit est très importante et montre combien le Coran fonde une éthique du respect de ce qui appartient à ceux dont le responsable gère les affaires. Tout responsable a donc reçu de Dieu le commandement qui induit l’obligation de considérer que ce qu’il gère au nom et pour les autres est sacré et qu’il doit s’en occuper avec tout le respect et la compétence dus.

L’on comprend du verset aussi que les ayants-droits ont le droit de demander des comptes au responsable de la gestion de leurs affaires. Et c’est mieux pour le responsable car en rendant compte ici et maintenant, il se prépare à le faire dans l’au-delà et demain, le jour du jugement dernier. Donc c’est un acte de foi et d’espérance que de rendre compte, d’écouter les ayants-droits dont in fine Dieu est l’avocat défenseur, de poursuivre l’effort dans le bien, le vrai le juste et le beau et de corriger à chaque fois que de justifié.

Par Ahmadou M. Kanté (Oumma)

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