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Les partis présidentiels au Sénégal: des géants aux pieds d’argile ! (Par Amadou Kanouté)

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CONTRIBUTION – Le Parti démocratique sénégalais (PDS) vient de se séparer de Farba Senghor, le chargé de la propagande et de la mobilisation du parti et Pape Samba Mboup, ancien chef de cabinet du Président Abdoulaye Wade. Ces deux icônes du régime libéral de 2000 à 2012 ne seraient plus en odeur de sainteté avec Oumar Sarr, le coordonnateur, par procuration, du parti, avions-nous dit. Mais, Senghor et Mboup ont plutôt une dent contre Karim Wade, le fils du père fondateur du PDS qui, malgré son exil, continue d’avoir une main mise sur le parti. Dans les colonnes du quotidien L’Obs de ce mercredi 29 mars 2017, Aida Mbodj, la présidente du groupe parlementaire libéral et démocratique du même parti, dit être la prochaine cible. Avant eux, un ex-Premier Ministre, d’anciens ministres,  députés et de nombreuses autres grandes figures de ce parti avaient claqué la porte. Le PDS a volé en éclat  après sa défaite à la présidentielle de mars 2012 . Depuis, il est méconnaissable. Le pouvoir ne l’a pas aidé à se renforcer. C’est renversant, mais cela s’explique. Il s’agit d’une tare congénitale liée à l’exercice du pouvoir que le PDS partage avec le Parti socialiste (Ps) et l’Alliance pour la république(APR), les deux autres formations politiques qui ont donné, au Sénégal, des présidents de la République.
Le Sénégal, avec sa pléthore de près de 200 partis politiques, est un pays qui a la particularité d’avoir une scène publique en permanence bouillonnante et bruyante où les acteurs se distinguent plus par les insultes et les invectives que par des débats constructives sur les projets de société. Au sein et en dehors des partis, les contradictions se règlent le plus souvent par la violence verbale ou physique. Le débat est peu organisé. Le discours est  pauvre, toujours polémiste, partisan et à visée électorale. Les idéologies porteuses de valeurs et de perspectives collectives sont bousculées par la quête effrénée d’intérêts particuliers. La presse qui a un rôle fondamental de veille et d’alerte en démocratie et une grande responsabilité dans la société n’aide pas à relever le niveau des débats. Elle s’alimente plutôt et essentiellement de ces scènes désolantes d’échanges stériles entre politiciens. Elle tend le micro à tout le monde. Au nom du parti, tout le monde parle et se prononce sur tout, parfois sans aucune maîtrise ni de retenue.
Cette situation navrante s’explique par le fait que les partis politiques ont cessé d’être ce qu’ils étaient, c’est-à-dire des cercles où les militants étaient encadrés et formés à toutes les questions relatives à la vie et à la gestion de la cité et ont toujours une bonne maîtrise des enjeux et défis contemporains. Aujourd’hui, les partis ne s’encombrent plus de cette vocation éducative. L’idéologie n’est plus ce socle qui liait les militants et faisait leur identité. On en est arrivé à ne  plus pouvoir faire la différence entre socialistes, centristes et libéraux dans leur conduite et pratiques politiques . Le parti se réduit à une sorte de groupement d’intérêts économiques mis en place pour la conquête et la conservation des privilèges. Le mot d’ordre est désormais la massification à tout prix pour ne pas perdre les élections, les privilèges.

C’est ainsi qu’est née et a prospéré une nouvelle race de politiciens appelés transhumants, obsédés par le parti qui contrôle le Trésor public. Pour eux, la politique est une profession, une rampe d’ascension sociale, une affaire d’instinct et de  l’instant. Ces hommes et ces femmes, souvent sans aucune conviction politique, s’empressent toujours, comme une meute, d’envahir le parti-providence, se voient même confier des responsabilités au détriment des militants dits de la première heure avant de claquer la porte, pour la plupart d’entre eux, une fois le pouvoir et les privilèges perdus, pour scruter d’autres horizons.
Ce n’est donc pas une surprise de voir les partis présidentiels, au Sénégal, s’effondrer comme un château de cartes après avoir perdu le pouvoir. Mobiliser et reconquérir le fauteuil suprême deviennent alors une mission quasi impossible pour eux puisque les cordons de la bourse, seul élément fédérateur, ne sont plus contrôlés par le chef du parti. Le Parti socialiste (Ps) et le Parti démocratique sénégalais (PDS), deux anciens tout puissants partis au pouvoir, vivent douloureusement ce revers de la médaille. Ces deux formations politiques ont implosé après la perte du pouvoir et leur électorat se réduit comme peau de chagrin à chaque échéance électorale. Le Ps n’existe plus que par les coalitions. Le PDS est passé d’une majorité écrasante des 150 députés à l’Assemblée nationale à une portion congrue d’une dizaine d’élus lors des élections législatives de 2012, trois mois seulement après la perte du pouvoir. Par ailleurs, qui ne se souvient pas des méga-meetings du parti de l’ancien président Wade à Dakar où les responsables estimaient la mobilisation à plusieurs millions de personnes. Aujourd’hui, ce parti, déserté, peine à remplir une salle de spectacles.
Il faut dire aussi qu’à côté de la massification de circonstances, l’autre faiblesse réelle et de taille des partis confrontés à l’exercice du pouvoir, au Sénégal, est liée au statut même du Président. Il est tout. Il est le chef de l’Etat. Il est le  chef et guide incontestable du parti.  Aucun autre leadership n’est bâti  à ses côtés pour prendre, demain, le relais. Les présidents Abdou Diouf et Abdoulaye Wade ont vécu dans ce concordat tacite jusqu’à leur départ du pouvoir. Leurs partis n’avaient pas préparé une relève assumée. Ils sont partis en laissant derrière eux des partis orphelins, fragilisés par un leadership éclaté et antagoniste.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on peut dire que l’Alliance pour la république (APR), l’actuel parti au pouvoir, court les mêmes risques. Il suffit de regarder de près la constitution de cette formation politique, son fonctionnement et le comportement de ses militants jeunes et adultes pour s’en convaincre. Rien dans l’attitude des responsables de l’APR ou de ses membres à la base ne montre qu’ils sont différents de ceux du PS ou du PDS. C’est le même système, la même organisation, les mêmes méthodes et les mêmes comportements,  à tous les niveaux.
Amadou KANOUTE, journaliste

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