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Portrait : Moustapha Guirassy, ouvert à tout

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Enseignant, entrepreneur, homme politique… Le fondateur de l’Institut africain de management, à Dakar, ne s’interdit rien. Pas même de s’allier à l’ISM, son concurrent historique.

Homme d’affaires, homme politique et homme de foi. De son propre aveu, Moustapha Mamba Guirassy, 50 ans, est un peu tout cela à la fois. Très religieux – au point de porter sur son front une marque de prosternation -, le fondateur de l’Institut africain de management (IAM), à Dakar, est même artiste à ses heures, comme le prouvent les tableaux signés de sa main sur les murs colorés de son école de commerce. De multiples facettes qui traduisent une seule ambition : « Il faut donner du sens », répète cet admirateur du Français Jacques Attali, ancien conseiller du président François Mitterrand et chantre du développement personnel.

La formation intellectuelle de cet homme dont la famille est originaire de Kédougou, dans le sud-est du Sénégal, est marquée par la découverte du Canada, au milieu des années 1980. Venu suivre des études d’ingénieur, il débarque dans un Québec à la culture très anglo-saxonne et autonomiste. Une révélation : « Il y avait là-bas cette ouverture à l’autre, un encouragement à être soi. Je me souviens qu’on me disait que j’étais beau quand je venais en tenue traditionnelle. »

De retour au Sénégal, il devient professeur de management et d’informatique appliquée à la gestion, pendant quatre ans. L’un de ses étudiants le met alors en relation avec un riche homme d’affaires sénégalais, qui cherche un directeur pour l’école d’enseignement supérieur qu’il est en train de créer. Ce sera un échec, mais aussi l’occasion pour Moustapha Guirassy de se découvrir une fibre entrepreneuriale.

Seul et sans un franc CFA de financement, il décide de poursuivre dans cette voie en s’inspirant de l’approche pédagogique découverte au Canada. L’IAM, qui voit le jour en 1996, naît aussi d’une frustration : « Les formations qui existaient étaient encore calquées sur le modèle colonial, avec comme objectif de former les Africains pour aller dans l’administration ou pour servir les intérêts des entreprises étrangères, souvent tournées vers l’exportation, et non pas de produire pour développer les pays. »

Visionnaire

Vingt ans plus tard, l’IAM s’enorgueillit de former quelque 3 500 élèves d’horizons divers (28 nationalités africaines) aux métiers des ressources humaines, de l’audit, de l’immobilier et de la communication. En plus de son campus principal, situé dans le quartier chic de Mermoz, l’institut compte plusieurs antennes au Sénégal, ainsi qu’à Ouagadougou et à Bamako. En 2014, il s’est hissé au deuxième rang des écoles de commerce sénégalaises dans le classement de Jeune Afrique.

L’IAM s’attache à offrir une « éducation africaine au management », tout en évitant le « nombrilisme », précise son fondateur. « Avant, nous voulions former des leaders africains. Nous souhaitons maintenant forger des « global leaders », et c’est un changement important : il ne faut pas s’enfermer sur l’Afrique, cela entraîne des dérives, des contre-performances », poursuit celui que ses collaborateurs, admiratifs, qualifient de « visionnaire ». « Nous avons des cultures, des valeurs, mais l’Afrique n’est pas le centre du monde. Le bon produit, la bonne démarche peuvent être chinois, français ou africains. »

En plus des échanges à l’étranger, de nombreux cours sont dispensés en anglais depuis la rentrée 2014. La reconnaissance internationale de son école est l’une des obsessions de Moustapha Guirassy, comme en témoigne la conférence donnée récemment à l’IAM par Christine Lagarde, la directrice du FMI. L’établissement suit en outre un programme de mentorat pour décrocher le label Equis, qui récompense les meilleures écoles de commerce dans le monde. Sur quelque 150 structures labellisées, seules trois sont situées sur le continent (en Afrique du Sud et en Égypte).

Guerriers

Pour faire naître un HEC africain dans un milieu très concurrentiel, Moustapha Guirassy a franchi l’année dernière un pas décisif. L’IAM s’est allié à son grand rival dakarois, l’Institut supérieur de management (ISM). Occupant la première place sénégalaise du classement Jeune Afrique, ce groupe compte, en plus d’une business school, un institut de droit, plusieurs lycées et une école d’ingénieurs. Entre l’IAM et l’ISM, la course aux meilleurs professeurs et aux événements les plus prestigieux a duré de longues années. « C’est la rencontre de deux guerriers qui se sont toujours affrontés et qui ont décidé de relever le défi ensemble », résume, l’oeil brillant, ce passionné.

Un partenariat idéal, car complémentaire : alors que Moustapha Guirassy est posé et réfléchi, Amadou Diaw se révèle un entrepreneur plus « agressif ». Et le patron de l’ISM d’abonder dans ce sens en citant les atouts des deux écoles : « L’IAM est mieux implanté dans l’est du Sénégal, quand nous sommes plus présents dans l’ouest du pays. Et à l’étranger, l’IAM est très proche des universités canadiennes, tandis que nous sommes davantage liés aux facultés françaises et américaines. »

Cette alliance stratégique se concrétisera dès la rentrée 2015, notamment par des modules communs et une mutualisation de la bibliothèque, des activités de recherche et des activités internationales. À l’horizon 2017, selon Moustapha Guirassy, les deux entités intégreront un même campus et se fonderont dans une identité commune : l’université Madiba. La référence sonne comme une évidence pour le patron de l’institut, où sont affichées des photographies de l’ancien président sud-africain. « Nelson Mandela avait toutes les cartes en main pour se venger, mais il s’est positionné à un autre niveau, celui de la sagesse, du dialogue et de la réconciliation », rappelle-t-il.

Élection

Fils de Mamba Guirassy, ancien vice-président de l’Assemblée sénégalaise, Moustapha a lui aussi fait de la politique l’un de ses champs d’expression. Conseiller régional en 2002, député en 2007, puis maire de sa ville d’origine en 2009, il est finalement propulsé ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement la même année, fonction qu’il quittera en 2011. De cette période, il a conservé une profonde admiration pour l’ex-président Abdoulaye Wade, dont il continue de vanter la vision.

À la tête du mouvement Forces citoyennes solidaires du Sénégal, Moustapha Guirassy, bien qu’il ait perdu la mairie de Kédougou en 2014, n’exclut pas de se porter candidat à la prochaine élection présidentielle. Au risque d’effrayer son nouveau partenaire ? Pas vraiment. « Guirassy est piqué à la politique, mais l’école, c’est son bébé. Il ne la quittera jamais », veut croire Amadou Diaw.

Jeune Afrique (Marion Douet, envoyée spéciale à Dakar)

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