L’agriculture ne peut pas régler de façon directe le problème du chômage au Sénégal (Pr Sow)

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Les pouvoirs qui se sont succédé au Sénégal se sont toujours trompés sur le rôle que pourrait jouer l’agriculture dans la recherche de solution au problème lancinant du chômage, notamment celui des jeunes. Nos autorités et certains de leurs collaborateurs oublient que l’agriculture moderne a besoin de très peu de main d’œuvre. Dans les pays développés (Europe, USA), c’est moins de 5% de la population qui s’adonnent à l’agriculture. Au Sénégal, le secteur agricole a beaucoup évolué depuis notre indépendance et il a besoin lui aussi de moins en moins de main d’œuvre. Pour ceux qui connaissent l’agriculture sénégalaise et sa mutation continue depuis les années 60 savent qu’il n’est pas pertinent de penser qu’elle peut absorber un grand nombre de travailleurs pour plusieurs raisons incontestables. La modernisation de ce secteur se traduit sur le terrain, dans tous les pays, par une importante baisse des besoins de main d’œuvre dans les exploitations. C’est pourquoi au Sénégal également, d’année en année, les jeunes paysans sont contraints d’aller en villes pour chercher du travail. En se modernisant, l’agriculture devient partout un secteur en réalité créateur de chômeurs en milieu rural.

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Nos autorités ne le savent pas toujours mais l’agriculture et l’élevage ne sont pas des secteurs créateurs d’emplois. Leur caractère saisonnier et leur faible productivité font que l’agriculture ne peut pas assurer des revenus suffisants pour faire vivre décemment une famille rurale nombreuse. L’agriculture sénégalaise ne peut pas jouer un rôle moteur dans la création d’emplois de façon directe. Sa vulnérabilité, sa faible rentabilité, son caractère aléatoire font que le secteur ne peut pas être un levier créateur d’emplois comme le croient les autorités publiques.

Le secteur qui peut créer véritablement beaucoup d’emplois est la transformation des produits agricoles. L’industrie agroalimentaire est non seulement productrice de richesse mais aussi pourvoyeuse de beaucoup d’emplois. Elle tire vers le haut la production agricole et permet en même temps aux population d’avoir des produits alimentaires de qualité. En France, l’industrie agroalimentaire contribue plus au PIB que l’industrie automobile.

Croire que le secteur agricole peut régler le problème lancinant du chômage est une erreur que les différents pouvoirs au Sénégal ont commis et continuent de commettre. Depuis le Président Diouf jusqu’au Président Sall, l’agriculture est considérée comme le moteur de l’économie et le plus grand secteur pourvoyeur d’emplois. Sans doute pour cette raison, l’Etat injecte beaucoup d’argent dans le secteur agricole mais au moment du bilan il se rend compte que le chômage est toujours là, la pauvreté ne recule pas et la malnutrition augmente. Malgré les tapages médiatiques sur les augmentations de diverses spéculations, il n’y a pas véritablement beaucoup de nouveaux emplois créés par les « records de productions » chantés sur tous les plateaux de télévision.

En réalité, c’est l’industrie agroalimentaire, la locomotive de l’agriculture, qui est le moteur de l’économie et créatrice de beaucoup d’emplois. Ignorant cette réalité, l’Etat semble négliger les industries agroalimentaires. Le Sénégal n’a pas une politique volontariste de développement de l’industrie agroalimentaire. Les usines de la SONACOS sont en train de mourir dans l’indifférence alors qu’il y a quelques années, elles constituaient l’ossature du tissu industriel sénégalais. La négligeable de ce secteur a des retombées négatives sur l’ITA. L’Institut de Technologie Alimentaire a un budget tellement dérisoire qu’il est obligé, pour survivre, de s’engager dans des activités de prestation de service qui n’ont rien à voir avec ses missions originelles. L’ITA a été créé pour mener des travaux de recherche sur la valorisation des produits agricoles locaux par leur transformation en aliments élaborés sains avec de bonnes qualités organoleptiques et nutritionnelles.

C’est encore la négligence de l’industrie agroalimentaire qui explique le mauvais choix économique de l’Etat consistant à exporter nos graines d’arachide, fortement subventionnées par l’argent du contribuable. Triturer nos graines dans les usines de la SONACOS créerait des milliers d’emplois décents et pérennes pour les jeunes ruraux et urbains. Les populations pourraient trouver alors sur le marché de l’huile d’arachide, la seule huile adaptée à la cuisine sénégalaise.

Pour créer des emplois, la modernisation du secteur agricole doit s’accompagner d’une véritable politique d’industrialisation du pays. Pour cela, c’est concomitamment que l’Etat devrait soutenir l’agriculture et l’industrie agroalimentaire. L’une ne peut pas prospérer sans l’autre, vice versa. L’Etat doit abandonner l’exportation de l’arachide brute, réhabiliter en les modernisant les usines de la SONACOS. L’Etat doit accorder davantage d’intérêt à l’industrie agroalimentaire. Toutes les universités sénégalaises forment des ingénieurs et des techniciens supérieurs de haut niveau pour que notre pays puisse être et demeurer un leader en agroalimentaire dans la sous-région. Le vrai levier pour un Sénégal émergent est l’industrie agroalimentaire, locomotive de l’agriculture (productions végétales et animales).

Pr Demba Sow,
Ecole Supérieure Polytechnique
Université Cheikh Anta Diop de Dakar

SudOnLine.sn

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