INVITE – Diadié Soumaré, président de l’APS: « le Fiso est un élément fédérateur pour la communauté soninké et pour l’Afrique de l’Ouest »

a diadie une

Commentaires Actualité, Plus loin avec

a diadi grDiadié Soumaré, l’invité de Soninke.tv, est depuis 40 ans le président de l’Association pour la promotion de la langue et de la culture soninké (APS) basée en France. Le natif de Guidimakha au Mali, qui préside aussi aux destinées du Festival international soninké (FISO),  a participé à la 5ème édition qui s’est déroulée à Dakar, du 21 au 25 février. Les délégations de 11 pays ont pris part à la cérémonie d’ouverture qui s’est déroulée au stade Iba Mar Diop en présence du Président de la République, Macky Sall. Dans cet entretien, Diadié Soumaré nous parle de l’APS, du FISO et des perspectives.

 

Monsieur Diadié Soumaré, vous avez assisté à la 5ème édition du festival international soninké (FISO) qui s’est déroulée à Dakar, du 21 au 25 février. Que dites-vous de ce grand rendez-vous que  le Sénégal accueille pour la première fois en cinq éditions ?

Cet événement exceptionnel à Dakar est un moment très important pour  la communauté soninké et pour l’ensemble de l’Afrique de l’ouest. C’est un événement culturel et quand on parle de la culture, on parle du développement. Quand on parle du culturel, on fait abstraction des frontières. Nous considérons  que notre culture, nos traditions doivent nous aider à dépasser ces frontières  artificielles tracées par la colonisation, parce qu’elles n’ont pas d’existence réelle dans nos têtes, dans les relations qui nous lient les uns aux autres.  D’ailleurs, c’est ce qui transparaît dans le discours du Président Macky Sall qui a présidé la cérémonie d’ouverture. Je voudrais saisir cette occasion pour le remercier vivement au nom du FISO. Je remercie également le président Dioncounda Traoré qui a fait le déplacement et tous les officiels. Le succès que l’édition de  Dakar a connu est une grande fierté pour les Soninké. Je félicite le président de « Wagadu jiida », Idrissa Diabira, avec son équipe et également le président du comité des sages, le professeur Harouna Samassa et l’ensemble des Soninké du Sénégal pour la réussite de l’événement. Nous comptons sur les Soninké du Sénégal et d’ailleurs pour que cette manifestation soit un exemple partout car tous les projecteurs sont braqués sur la communauté soninké. Et c’est une grande fierté pour nous.

 

« Nous considérons  que notre culture, nos traditions doivent nous aider à dépasser ces frontières  artificielles tracées par la colonisation, parce qu’elles n’ont pas d’existence réelle dans nos têtes, dans les relations qui nous lient les uns aux autres »

 

Monsieur Soumaré, vous êtes, en tant que président de l’APS, un des initiateurs du FISO dont la première édition a eu lieu, en 2011, à Kayes au Mali. Pourquoi cet événement, quels sont les objectifs visés ?

C’est l’APS et d’autres associations culturelles soninkés en France qui ont réfléchi et qui ont décidé d’organiser, à partir du 30 ème anniversaire de l’APS, en 2010, un événement qui rassemble l’ensemble des Soninké, leurs parents et amis. L’organiser en France ne nous aurait pas permis d’atteindre nos objectifs en termes de participation, à cause notamment des problèmes d’ordre financier et administratif avec les difficultés d’obtention du visa pour ceux qui devraient venir d’Afrique. C’est pourquoi nous avons décidé de réserver l’organisation aux pays africains. Vu l’engouement, je pense que c’est une bonne idée d’organiser le FISO en Afrique. La première édition a eu lieu à Kayes au Mali en 2011 ; la deuxième également à Kayes l’année suivante.  La Mauritanie a accueilli, la troisième édition, en 2014, à Nouakchott ;  la quatrième édition s’est déroulée en 2016, à Bamako, au Mali ; et en 2018, nous sommes venus à Dakar pour la cinquième édition. Le FISO, au-delà des rencontres et des échanges sur la langue, la culture et divers sujets contemporains,  est un élément fédérateur pour la communauté soninké et pour l’Afrique de l’Ouest. J’oserais même dire que ce sont les jalons de la renaissance de Wagadou (l’ancien empire du Ghana), le premier empire ouest-africain, qui sont posés avec cette manifestation.

Nous constatons que le Fiso suscite beaucoup d’engouement. Les différentes éditions l’ont démontré. Dakar a battu tous les records en termes  de participants venus d’Afrique, d’Europe et des Etats-Unis. Au-delà des manifestations qui se tiennent lors des 5 jours du festival, est-ce que vous travaillez aussi sur des projets qui vous ouvrent d’autres perspectives?

a diad djiméraAbsolument, il  y a une réflexion qui a été faite par l’ensemble des délégations. Nous avons décidé de créer une organisation internationale de coordination des activités des différentes associations nationales dénommée « Coordination internationale des associations soninké – Duna Soninko- dont le siège sera installé  en Mauritanie. Tous les pays seront représentés afin que le dialogue puisse continuer de façon  permanente entre les membres. Nous avons aussi décidé de créer une fondation qui portera le nom  de Mama Dinka dont le siège est fixé à Bamako et qui permettra d’obtenir des financements et de permettre aux jeunes étudiants d’avoir des bourses pour acquérir la science et de pouvoir aller chercher la vérité historique de l’Afrique de l’Ouest. Et la troisième chose, c’est que pour qu’une langue soit vivante et enseignée, il faut une académie que nous avons  décidé de créer et de la confier à la Gambie hôte de la 6ème édition du FISO prévue en 2020.

 

Nous avons constaté au Sénégal et je sais que c’est le cas dans les autres pays aussi qu’il y a beaucoup de productions sur la langue et la culture soninké qui intéressent le FISO. Mais, ces œuvres sont toujours à l’état de manuscrits. Est-ce que vous réfléchissez sur  l’impression pour valoriser ces travaux et aider à leur large diffusion ?

Votre question est très pertinente. Nous avons besoin de productions intellectuelles. Effectivement, beaucoup d’œuvres  sont écrites. Mais, il y a eu peu de publications avec une portée  très limitée. Les productions tournent souvent autour de mille à deux mille exemplaires. Cela ne représente pas grand-chose. C’est pourquoi nous avons décidé de mettre en place une académie. Son travail sera axé essentiellement  sur la production de manuels d’enseignement. Il s’agit aussi de faire en sorte que l’ensemble des écrits soient publiés et connus de la communauté soninké et ailleurs. Nous comptons sur les médias pour que les missions de l’académie et celles de la fondation soient connues de tous.

 

« L’objectif  de l’APS est de faire en sorte que nos familles soient formées, s’intègrent et connaissent mieux les codes du pays d’accueil pour une meilleure insertion sociale et économique.  Mais, également, et j’insiste, la langue maternelle est fondamentale pour les enfants »

Monsieur Soumaré, votre nom est aussi associé à l’Association pour la promotion de la langue et de la culture soninké (APS) qui existe en France depuis 40 ans et dont vous êtes le président. Cette association est l’initiatrice, avec d’autres structures, du FISO en 2010. Parlez-nous de l’APS.

L’APS a célébré ses 30 ans en 2010. Elle est créée en 1979. Depuis, beaucoup de choses ont été faites. Notre premier objectif était de faire en sorte que les émigrés que nous sommes, ne perdions pas nos repères. Nous étions d’abord seuls en tant que migrants. Puis, les épouses sont venues. Ensuite, les enfants naissent. Notre crainte était que notre langue porteuse de notre culture et de nos valeurs ne disparaisse. Donc, il fallait faire une campagne de sensibilisation pour que les enfants qui naissent apprennent leur langue maternelle et ne soient pas noyés dans la culture dominante du pays d’accueil. L’objectif était de donner à l’enfant la possibilité de penser et de s’exprimer dans sa langue maternelle. C’est fondamental. Car, le français étant la langue de leur pays de naissance, ils le parleront forcement à l’école et dans leurs fréquentations. Voilà pourquoi avec l’APS et en relation avec l’institut des langues en Mauritanie et l’APS Mauritanie, nous avons fait beaucoup d’efforts dans ce domaine. L’autre rôle majeur de l’APS est d’aider à l’intégration et d’accompagner les parents qui sont confrontés à des difficultés sociales et administratives en Europe. Nous avons créé un service pour accompagner toutes ces familles qui souvent ne parlent pas français. Donc, cette stratégie continue aujourd’hui encore. Parce qu’on ne peut pas appeler les gens à la promotion de la langue et de la culture et ne pas apporter des solutions aux problèmes auxquels ils sont confrontés au quotidien. L’APS, c’est pour la promotion de la langue et de la culture soninké. Mais, pour beaucoup de Français, l’APS est l’association pour la promotion sociale. L’objectif final de l’APS est de faire en sorte que nos familles soient formées, s’intègrent et connaissent mieux les codes du pays pour une meilleure insertion sociale et économique.  Mais, également, et j’insiste, la langue maternelle est fondamentale pour les enfants.

Je voudrais saisir cette occasion pour rendre un hommage mérité à ceux qui ont tout donné à l’APS. Je pense notamment à Ousmane Diagana dit Dembo et Yakhouba Diagana qui ont soutenu, tous les deux, des thèses sur  les soninké. Je rend également hommage à Ibrahima Diabira de Diaguily qui a été le premier président de l’APS avant d’être appelé à Nouakchott pour être directeur adjoint de l’institut des langues. Il y a beaucoup de personnes à qui je devrais rendre hommage. Mais, je voudrais qu’elles se retrouvent toutes en Ousmane Diagana, Yakhouba Diagana et Ibrahima Diabira. Paix à leurs âmes. Parmi les vivants, il y a une équipe de femmes et d’hommes qui ont compris qu’il est important de préserver notre langue et notre culture. C’est le cas notamment de la deuxième et de la troisième génération nées en France et qui ont déplacé une délégation de plus de 20 personnes pour participer à ce Fiso 2018. Et Idrissa Diabira, le président de « Wagadu jiida »,  fait partie de cette génération. Il est un élément de l’APS. Il est né en France et il a suivi pendant toute sa jeunesse ce qui se faisait à l’APS.

Soninke.tv

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>