PORTRAIT – Santy Ngom, le canari s’envole enfin!

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Soninke.tv – Convoqué avec le Sénégal début mars, le Nantais Santy Ngom poursuit sa folle année et laisse peu à peu derrière lui un parcours délicat et sinueux. Du centre de formation du Mans au monde amateur, en passant par la Bulgarie et l’Algérie, portrait d’un surdoué qui ne compte plus les rendez-vous manqués.

a portChaussettes basses à la Paulo Dybala, Santy Ngom tourne, se retourne et accélère. Ses appuis déstabilisent les Ouzbeks et il n’est pas loin de fendre le bloc, alors que le Sénégal est mené 0-1. D’un subtil extérieur du pied, il trouve Moussa Konaté qui égalise enfin. Les Lions de la Téranga se tournent vers le passeur. Santy Ngom a la fougue du novice, l’insouciance et la fierté d’une grande première. Peu importe que l’intéressé ne compte que quatre titularisations avec le FC Nantes cette saison, il se dit que cette fois, son heure est venue.Au Sénégal, l’arrivée de l’attaquant de 25 ans, dont l’effet surprise avait attisé la curiosité de bon nombre de supporters, a suscité un enthousiasme certain. Aliou Cissé, le sélectionneur, louait

«la créativité très importante» de son protégé, les journaux, dont le quotidien Record, le mettaient en Une, tandis que le reporter Abdoulaye Diaw disait de lui qu’il était «l’atout offensif qui manquait à l’équipe nationale.» N’en jetez plus, la cour est pleine ! Heureusement, ceux qui l’ont côtoyé l’assurent : aujourd’hui, Santy Ngom a la tête sur les épaules, ce qui n’a pas tout le temps été le cas. Comme sur le terrain, le Canari est toujours allé très vite. Trop vite. Au point de se dire, après plusieurs échecs, que le football professionnel ne voudrait plus de lui.

 Un talent qui ne se discute pas
Quand il le découvre à la Suze, en DH, le recruteur nantais Ludovic Le Mée sait qu’il tient un de ces joueurs rares dans les divisions inférieures. Ce genre de footballeur passé au travers des mailles du filet, errant dans le monde amateur alors que sa place se trouve dans les hautes sphères. Mais lorsqu’il fait remonter son rapport à la cellule de recrutement, l’employé des Canaris émet des doutes sur son comportement. «C’était quelqu’un qui était un peu meurtri par le football professionnel. Au départ, il ne voulait pas venir en stage chez nous», se souvient Matthieu Bideau, responsable du recrutement. Il faudra un long entretien, assorti de tous les arguments possibles et imaginables ainsi qu’une liste de joueurs nantais extirpés des divisions inférieuers – Bammou, Rodelin, Djilobodji – pour rassurer et convaincre le jeune attaquant.De son côté, Eric Chambron, l’entraîneur de La Suze, le pousse à accepter l’offre des Canaris. «J’en suis à ma quinzième saison en tant que coach de DH, j’en ai vu passer des joueurs, Santy est clairement celui qui m’a le plus impressionné, techniquement surtout». Et pour cause, en une saison avec le club suzerain, l’attaquant inscrit trente-six buts et contribue à faire du club la meilleure attaque du Championnat. «C’est un garçon qui nous a immédiatement tapé dans l’oeil grâce à sa qualité de prise de balle, son sens du jeu, sa vivacité», raconte Matthieu Bideau. Footballistiquement, tous ceux qui l’ont vu évoluer sont unanimes, le jeune joueur a tout. «A 17 ans, il avait une énorme couverture de balle, cette faculté à s’adosser au défenseur et à le faire tourner, un peu comme Didier Drogba», se souvient par exemple Stéphane Guédet, son coach chez les jeunes du Mans. «En DH, il avait marqué de la poitrine en sautant plus haut que le gardien», sourit quant à lui Eric Chambron.

«Il pouvait avoir un côté je-m’en-foutiste»

A La Suze en 2016-17, le football de Santy Ngom rime moins avec rigueur qu’avec plaisir. L’intéressé a abandonné l’idée d’être professionnel, lui qui est passé par trois centres de formation différents. Un jour, à la mi-temps d’un match avec le club suzerain, il reste sur le bord de la touche pour discuter avec des amis au lieu de rentrer au vestiaire. «C’était quelqu’un qui aimait le foot, qui aimait le jeu, mais il pouvait avoir un côté un peu je-m’en-foutiste, se souvient Claude Michel, le joueur emblématique de l’En Avant Guingamp, entraîneur de Ngom lorsque celui-ci évoluait avec la réserve du club breton. Certains entraîneurs ne supportent pas ce genre de joueurs.»Cette nonchalance handicape la progression du footballeur. Et ce n’est pas tout. Sa morphologie a également retardé son éclosion au plus haut niveau. Chez les U14 fédéraux du Mans, déjà, le jeune garçon avait fait face à un gros retard de croissance sous les ordres de Stéphane Guédet, le fils de Bernard Guédet, l’actuel président du club sarthois. Le club ne croit pas en ses capacités à passer professionnel et le laisse voguer vers d’autres horizons. Son ancien entraîneur présentera même personnellement ses excuses au joueur quelques années plus tard. «C’était peut-être un mal pour un bien», lui répondra le talentueux gaucher, qui côtoie désormais l’élite du football français.

En 2017, le staff de La Suze constate que tout n’est pas mis en oeuvre pour réussir : «Peut-être qu’il n’était pas assez rigoureux sur l’alimentation et la diététique. A Nantes, je vois qu’il fait plus attention à tout ça, son visage s’est par exemple affiné», observe Eric Chambron, qui constate les progrès réalisés par Ngom depuis son arrivée dans une structure très encadrante. A Nantes, le Franco-Sénégalais est scruté de près. Son rendement avec la réserve est exceptionnel, le staff constate qu’il est au-dessus du lot et l’attaquant prend progressivement confiance. «Son passé, c’est sa force aujourd’hui, constate quant à lui Matthieu Bideau. Il a compris que tant qu’il sera pas titulaire en Ligue 1 sur la durée, l’aventure pourra s’arrêter. Aujourd’hui, il sait qu’il est entre deux. Il ne s’enflamme pas. C’est aussi pour ça qu’il fuit les médias, il sait que tout peut s’arrêter un jour

L’étranger s’est refusé à lui, la France lui a tendu la main

Après Le Mans et Guingamp, Ngom débarque au PSG, où il aura la chance de côtoyer Zlatan Ibrahimovic et consorts lors de quelques entraînements avec les pros. Mais une blessure à une cheville l’empêche de donner la pleine mesure de son talent. Au lendemain de sa courte aventure avec le club de la capitale, Ngom tente sa chance à l’étranger. Il part faire des essais en Ecosse, en Belgique, en Allemagne. Sans succès. Et atterrit finalement au Levski Sofia, en D1 bulgare. Mais l’expérience tourne mal. L’attaquant ne joue pas une seule rencontre. «Il m’a beaucoup parlé de cet épisode au Levski. Il était dégouté. Il a signé mais avait été prêté directement dans un autre club où il n’a pas joué, rembobine Eric Chambron. Et il ne se sentait également pas non plus en sécurité là-bas.»Le natif du Mans est très marqué à son retour. «C’est quelqu’un qui cogite beaucoup, qui s’interroge souvent. Des fois, le psychologique peut faire que le corps va moins bien, observe Matthieu Bideau. Il traînait des problèmes physiques donc on a dû le remettre sur pied.» Déjà à Guingamp, Claude Michel se souvient avoir récupéré un garçon aux chevilles sensibles, considérablement exposées de par son style de jeu. «Il avait une belle explosivité, était très bon dans ses contrôles orientés, mais comme il allait très vite, il se retrouvait souvent face à des défenseurs plus rugueux», se rappelle l’homme aux 438 matches avec Guingamp. Décrit comme un jeune réservé, voire même renfermé sur lui-même, le jeune Ngom doute souvent.

A son retour de Bulgarie, il part en Algérie faire quelques essais, notamment à la JS Kabylie. Le quotidien algérien Liberté avance alors que l’attaquant a refusé d’être évalué sur deux ou trois jours, désirant prouver sa valeur sur plusieurs semaines. Son aventure au Maghreb s’arrête aussi rapidement qu’elle a commencé. Qu’importe. Aujourd’hui, comme dirait Stéphane Guedet, seulement un an après que le joueur a quitté les terrains de DH, c’est «un compte de fée». Prochaine étape de ses multiples pérégrinations, la Russie, en juin prochain ?

France Football

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