Interview – Youssou Ndour: « History, GFM, la politique et moi »

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Dans cet entretien accordé au Groupe Sud Communication (Sud FM et Sud Quotidien), Youssou Ndour, en plus de décortiquer son nouvel album intitulé « History » sorti le 26 avril dernier, revient sur sa passion qu’est la musique, son engagement dans la politique, son investissement dans le business et ses actions sociales. Même s’il n’a pas trop voulu s’épancher sur la politique, le lead vocal du Super Etoile, soutien que son entrée en politique n’est rien d’autre qu’une façon de soutenir le peuple sénégalais.
Vous venez de sortir un nouvel album intitulé «History». Pourquoi ce titre anglais ?

History, c’est l’histoire et elle est importante. L’histoire de la musique africaine, de la musique sénégalaise, de la musique de Youssou Ndour. Mais, le futur aussi est important parce qu’on pense toujours ce qui va venir. Quand tu regardes aujourd’hui dans la musique urbaine en Afrique, les jeunes font de  très belles choses, avec notamment des programmations. Du Nigéria au Cameroun jusqu’au Sénégal et en Côte d’Ivoire, les jeunes font de leur mieux.  Je disais aux artistes qui font la musique urbaine d’arrêter de copier les américains. On apprécie tout ça mais avant de copier les américains, vous avez des sources ici en Afrique. C’est ce que certains d’entre eux ont compris ces dernières années. Ce qui justifie certains succès qui ont des originalités. On a pensé à tout cela. Chaque chanson a une histoire. Par exemple «Birima» qu’on a repris, Seynabou qui l’a chanté, l’a vécu. Elle est venue m’expliquer son intention. Elle pouvait aller reprendre d’autres chansons et généralement la musique africaine n’est pas utilisée par les jeunes africains de la musique urbaine. Maintenant, c’est le cas. Il y’a Manu Dibango, Fela Ransome Kuti (artiste nigérian décédé en 1997, Ndlr) etc., jusqu’à notre génération. On a des choses qui peuvent constituer des sources d’inspiration pour les jeunes pour améliorer leur musique urbaine. C’est ce qui a permis de déboucher sur l’album.

Il y a aussi le futur des enfants et l’histoire qu’on a créé. C’est vous dire que dans l’album, il n’y a que des histoires. Il y’a les histoires des chansons mais aussi celles de Babatunde (Babatunde Olatunji, artiste nigérian décédé en 2003, Ndlr). Il était l’un des plus célèbres. C’était le musicien d’origine nigériane qui a été le premier à être célébré en Amérique. Il faisait de la percussion et tout. Il est décédé mais, quand il quittait le monde, il avait donné les enregistrements à un ses neveux.  C’est ce neveu à lui qui est venu vers moi en me disant que c’est moi qui doit continuer le travail. Il m’a ainsi transmis les enregistrements que j’ai gardés pendant longtemps. Quand je suis parti au Nigéria l’année passée avec Emmanuel Macron, à la Place de Fela, dans la salle, quand j’écoutais les jeunes, j’ai pensé à Babatunde. C’est ce jour que j’ai décidé de continuer les chansons inachevées de l’artiste nigérian. Mbacké Dioum était là-bas. J’ai pris un jeune qui doit arranger ces deux titres, «My Child» et «Takuta». J’ai contacté le neveu de Babatunde pour qu’il sorte les disques que l’artiste avait chantés. On s’est basés sur ça pour les refaire. Donc, tout est une question d’histoire.

Jeune Afrique vient de publier la liste des 100 africains les plus célèbres sur le continent. Youssou Ndour n’y figure pas. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Qui est Jeune Afrique (sic) ? Je ne suis même pas au courant de ça. Ce qui est pire dans la vie, c’est de courir derrière des concours (re-sic). Je ne cours pour rien. Ça ne me concerne pas. Je ne suis pas dans ces trucs. Moi, je fais ce que j’ai à faire. Je sais qui je suis. Les gens savent ce que je fais. Ils le ressentent et me rendent la pièce de la monnaie.

Vous êtes à la fois dans la Politique, les Médias, le Business. Qu’est-ce qui fait courir Youssou Ndour ?

Tout est une histoire. La musique, j’y crois. C’est ma passion. C’est peut-être ce que j’ai hérité de mes parents. Ils l’incarnaient très bien. Maintenant, je le fais avec mon temps. C’est-à-dire, je suis griot, fils de griots. J’ai entendu l’histoire. J’en parle parfois mais ce que je vis en ce moment, c’est de ça que je parle. J’ai vécu cette passion et Dieu m’en a soutenu. J’ai commencé à avoir du succès dans le monde. J’ai gagné de l’argent. Au début, j’ai construit. L’autre projet que j’imaginais, c’est de créer une entreprise de médias parce que ça va me permettre de donner la parole aux autres qui n’avaient pas cette opportunité. Ça permet d’offrir du travail à tous les jeunes qui sortaient des écoles de formation et qui n’avaient pas de boulot. Et c’est devenu une fierté. Je n’y gagne presque rien mais c’est le sentiment de fierté qui me comble. Voilà pourquoi, j’ai investi dans les médias. Après, j’ai trouvé une place comme Thiossane. C’est le propriétaire même qui m’a appelé pour me demander d’acheter la place. En compagnie d’un de mes amis, je l’ai achetée. Je joue là-bas. D’autres artistes y jouent aussi. C’est ça un business. Au lieu de frimer, je préfère le travail. C’est ma philosophie ! C’est pour cela que j’ai investi dans ça. J’y ai investi tout mon argent et aujourd’hui et j’en suis fier. Je suis très fier quand on parle de Gfm. Et ce sont les gens qui y travaillent qui y trouvent leur compte mais moi, je n’y gagne presque rien en termes d’argent. Mais c’est une grande fierté pour moi. Ensuite, je continue à chanter mes convictions. Le monde évolue et un jour le Sénégal commence à sombrer. C’était en 2011 (allusion à la dévolution monarchique du pouvoir, Ndlr) et en ce moment tout le peuple s’y met. Moi, je suis un homme libre. Je suis du côté du peuple. Je ne pousserai jamais les sénégalais dans des choses où je ne serai pas le premier. On m’a failli tuer en 2011. Les gens oublient vite. Le Sénégal était dans le chaos parce qu’il y’avait des gens qui voulaient tripatouiller la Constitution. Je me suis levé pour être candidat. Ils ont refusé tout en pensant que je vais baisser les brais mais jamais j’ai baissé les bras. J’ai soutenu Macky Sall et il a gagné l’élection présidentielle. Il m’a appelé pour me demander de le soutenir. Jai décidé de soutenir le peuple mais pas lui seulement. Depuis que je suis dans la politique, on ne m’a jamais entendu insulter quelqu’un. Je ne réponds jamais aux critiques. Je fais la politique autrement que ça plaise ou pas. C’est pour aider mon pays que j’ai décidé de faire la politique.

Le poste de ministre ne vous intéresse plus alors ?

Le problème qu’il y’a aujourd’hui, c’est qu’est ce que je veux faire. Il faut quand même que je garde cette liberté de m’exprimer. J’ai été dans le gouvernement (ministre de la culture et du tourisme ; puis ministre de la culture) après j’ai discuté avec le Président Macky Sall. C’est ainsi que je suis devenu ministre-conseiller mais ça ne m’empêche pas d’avoir ma liberté de ton, ma liberté, ma façon de vivre. Je suis dans ça et c’est très bien.

On s’achemine vers des élections locales. Youssou Ndour va-t-il se présenter pour un poste de maire ?

Aujourd’hui, j’ai décidé de parler avec vous du nouvel album « History». La prochaine fois, on parlera de la politique. Je vous ai dit exactement ce qui m’a poussé à s’engager dans la politique. Il y’a du temps pour la politique. Au Sénégal, on aime tout le temps parler de la politique. Je ne suis pas dans ça. Je suis à ma première sortie depuis les élections. Je suis dans d’autres choses. Je n’ai pas de temps. Depuis le 24 février à minuit, je suis dans mon album. Je n’ai pas le même style qu’eux.

En termes de responsabilité sociale. Que peut-on retenir des actions sociales de Youssou Ndour ?

Il y’en a beaucoup mais il y’a des choses qu’on ne dit pas en public. C’est mon style. Prenons juste un petit exemple. L’année dernière, je leur (aux artistes, Ndlr) ai donné quelque chose pour leur santé (un don d’un montant de 75 millions de l’édition 2017 de la prestigieuse distinction japonaise, le Prix Praemium Imperiale, Ndlr). La presse l’a médiatisé mais ce qu’on fait en discrétion est plus important. Parce qu’on croit au respect et c’est très important. Donc, on fait tout ce qu’on doit faire dans le cadre social sans pour autant le médiatiser. Il y’a des choses qui ne marchent pas avec moi. Ce n’est pas en public que je vais dévoiler tout ce que je fais pour les gens mais je sais qu’on est en train de le faire.

Recueillis par  Mariame DJIGO et DJ Nicolas (sud FM)

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