Analyse du discours du Chef de l’Etat : «A côté de la question sanitaire, et politique, c’est la priorité économique qui domine »

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Spécialiste en communication politique, Momar Thiam cerne les contours du discours à la nation du président de la République, lundi

Spécialiste en communication politique, Dr Momar Thiam cerne les contours du discours à la nation du président de la République hier, lundi 11 mai. Joint au téléphone, le Directeur de l’Ecole des hautes études en information et en communication (Heic Dakar) souligne que le président, en décidant l’ouverture des marchés et le décalage du couvre-feu (de 21h à 5h), a choisi de mettre en avant l’argument économique. Poursuivant son analyste, Dr Momar Thiam a relevé également, toujours concernant les nouvelles mesures, que celles-ci pourraient s’inscrire dans une sorte de pédagogie de l’action qui consiste à desserrer pour mieux serrer demain.

«Sur la forme, le président de la République s’est adressé aux Sénégalais comme un chef de guerre ou capitaine d’un bateau qui donne des directives. A ce niveau de la communication, il a commencé par livrer son diagnostic de la situation actuelle à travers cette phrase, «il faut adapter notre stratégie». Cette phrase ne veut pas dire forcément que la stratégie a failli mais que d’autres éléments sont en jeu et qu’il faut les prendre en compte pour mieux lutter contre cette pandémie.

L’autre élément qui a attiré mon attention dans ce discours du président de la République dans le fond, c’est quand il dit «faire vivre notre économie» tout en annonçant la reprise des marchés hebdomadaires communément appelés loumas, l’ouverture des marchés six jours sur sept. Je pense que même si certains vont dire qu’il s’agit de mesures d’assouplissement, je pense que ces mesures visent à accompagner notre économie qui est en train de subir les contrecoups de ces mesures de restrictions. Donc, si le président a tenu à mettre en avant l’argument économique dans son discours, cela veut dire, qu’à côté de la priorité sanitaire et politique, c’est la priorité économique qui prime. Aujourd’hui, on dit qu’en termes de mesures coercitives et de prévention, il faut porter un masque et respecter ce qu’ils appellent la distanciation sociale, un terme qui ne me parle pas parce qu’une distanciation ne peut pas être sociale. Donc, je préfère dire la distance physique entre les individus. Mais, tout le monde sait que dans les Loumas et marchés, les gens ne respectent pas une distance physique. Ouvrir donc les marchés et les loumas, c’est surexposer les individus.

L’autre élément que je pourrais retenir de ce discours du président la République, c’est de dire en tant qu’analyste, que c’est peut-être quelque part un test pour mieux prendre demain des mesures plus coercitives. En effet, supposons que ces mesures soient mises en place à partir d’aujourd’hui comme cela a été annoncé par le chef de l’Etat et qu’au bout d’une semaine, on se rend compte que le nombre d’infectés galope.

A partir de ce moment, le gouvernement sera fondé à tirer toutes les conséquences de cette situation en demandant un confinement général. Cela pour dire que ces mesures annoncées peuvent s’inscrire dans une sorte de pédagogie de l’action qui consiste à desserrer pour mieux serrer demain. Donc, je pense que toutes les mesures que le président a annoncées, notamment le rapatriement des corps des sénégalais décédés du Covid-19, l’ouverture des lieux de cultes et la reprise des loumas dans les limites de chaque département, le décalage de l’horaire du couvre-feu de 21 heures à 5 heures, au lieu de 20 heures à 6 heures entre autres, entrent dans le cadre d’une logique économico-religieuse. Laquelle consiste à éviter quelque part des foyers de tension naissante autour de la religion puisqu’on est en période de Ramadan.

Des foyers de tensions sociales qui viennent des compatriotes de la diaspora avec des ramifications ici puisque la plupart des personnes décédées du Covid-19 ont des parents ici. A ces foyers de tension sociale, on peut également ajouter le risque de frustrer ces centaines de personnes évoluant dans le secteur informel et dont l’activité est à l’arrêt.

Sachant que gouverner, c’est prévoir, le président de la République ne peut pas laisser tous ces foyers de tension se développer de part ces mesures et de la situation que l’on vit actuellement. Car, cela n’est ni bon pour sa gouvernance ni bon pour les projections que l’on peut avoir dans l’hypothèse de 2024 si toutefois il décide de se représenter. Fort de ces éléments d’analyse, le président peut être tenté de dire, je desserre un tout petit peu et si je vois que la situation va de mal en pis, ça serait vraiment l’occasion pour moi d’imposer un couvre-feu et un confinement total».

Sud Quotidien

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