Serigne Pape Malick Sy, le Tidjane intégral, Par Sidy Diop

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Moderne, tolérant, ouvert et d’une grande curiosité intellectuelle, il était en phase avec son époque puisant dans les sources authentiques du savoir islamique et des écrits des savants pour donner sens aux complexités du monde.

Il incarnait l’alpha et l’oméga de la tarikha Tidjanya. Ecole de la piété, du savoir, de l’éloquence, de l’humilité et de l’élégance, Serigne Pape Malick Sy en était, à lui seul, une thèse vivante. Il était le verbe de Tivaouane. Le Tidjane intégral. Il maniait l’éloquence avec art, distribuait le savoir avec retenue et distillait la gaieté dans les cœurs. Ses savoureuses anecdotes sur la vie de son père sont un précis de savoir-vivre pour les adeptes de la tarikha. Pape Malick Sy avait l’art du discours, le sens de la parole juste et d’un agencement des mots servis dans une tonalité apaisante pour soulager, rassurer, convaincre. Quoi de plus normal quand on a grandi au contact de grands puits du savoir comme Serigne Mansour Sy Borom Daradji et Serigne Cheikh Tidiane Sy Al Makhtoum.

Serigne Pape Malick, fils cadet de Serigne Babacar Sy, le premier khalife d’El Hadj Malick Sy, fut surtout son préféré. Serigne Cheikh Tidiane Sy « Al Makhtoum » raconte que la relation entre son petit-frère et son père était à ce point fusionnel que nul n’osait lui causer le moindre tort. D’aucuns y voyaient des signes d’une affection liée au fait que le fils portait le prestigieux nom d’El Hadj Malick Sy. Un jour, à l’heure de la prière du crépuscule, ne voyant pas Serigne Babacar avec qui il avait l’habitude de se rendre à la Mosquée, Serigne Cheikh Al Makhtoum alla s’enquérir de la cause de ce retard. Il trouva Serigne Babacar, bougie à la main dans sa chambre, cherchant une coccinelle. Les jeunes avaient l’habitude d’en attraper et de les attacher à un long fil pour les faire voler. Pape Malick Sy avait perdu sa coccinelle et la cherchait désespérément. Après l’avoir retrouvé, Serigne Babacar confia à Serigne Cheikh : « Si on ne l’avait pas retrouvé, Pape Malick n’aurait pas accepté de venir avec nous à la Mosquée et je ne puis me résoudre à prier sans lui ». Al Makhtoum raconte une autre scène poignante. Un jour, alors que le cadet du premier khalife d’El Hadj Malick Sy était gravement souffrant et que la famille craignait sa mort, Serigne Babacar appela les membres de sa famille et leur tint ces propos : « Je lui ai donné le nom de celui que j’aime le plus au monde, alors dites à Dieu, de ma part, de ne pas me le prendre ».

Cet amour pour l’attachant Pape Malick Sy sera prolongé par son frère et guide Serigne Cheikh Tidiane SY Al Makhtoum dont il est le confident. C’est à ce dernier que son père l’avait confié pour qu’il lui apprenne le Coran. Une relation presque filiale s’établira ainsi entre les deux frères au point que les enfants de Serigne Cheikh le considèrent, non pas comme leur oncle, mais comme leur frère.

C’est ici que se révèle la grandeur de l’homme. Serigne Pape Malick Sy a su taire ses qualités spirituelles (On n’est pas fils de Serigne Babacar Sy pour rien) pour se réaliser et s’affirmer par et dans la dimension spirituelle de son grand-frère et guide Serigne Cheikh Tidjane Sy Al Makhtoum. Il était déjà mort en lui depuis longtemps pour se réaliser dans ses immenses accomplissements. Le lien, entre les deux fils de Serigne Babacar est si fort que les discours du cadet sont sertis des pépites spirituelles du quatrième khalife général des Tidianes. Son évocation est continuelle. Son souvenir vivace. Pape Malick était l’image prolongée de Serigne Cheikh. « C’est lui qui a fait de moi un homme », disait Pape Malick Sy de son aîné. Ce dernier, pourtant, voyait autrement les choses. Aux Mouschtarchidines, il disait : « Serigne Moustapha est votre kilifeu (guide), mais c’est Serigne Pape Malick qui est mon kilifeu ».

Moderne, tolérant, ouvert et d’une grande curiosité intellectuelle, il était en phase avec son époque puisant dans les sources authentiques du savoir islamique et des écrits des savants pour donner sens aux complexités du monde. Il n’a jamais cessé d’alerter sur les emportements ou les errements, de placer la bonté au centre des préoccupations de l’humain. « Tout musulman doit servir Dieu à travers son prochain ». Un beau viatique pour les vivants ! (Le Soleil)

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