Que va faire Abdou Karim Fofana dans cette guerre des Diaraf à Ouakam ? Par Mamadou Oumar Ndiaye

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un ministre de la République peut-il se permettre d’avaliser, voire de légitimer un coup de force provoqué par le fait qu’une partie, ou un individu, s’arroge le droit de disposer des biens de toute une communauté ?Les pouvoirs publics, depuis la colonisation mais plus sûrement encore à partir de 1960, date de notre accession à la souveraineté internationale, se sont évertués à ne pas trop s’ingérer dans les affaires coutumières et religieuses. Ce qui fait que, généralement, ces communautés peuvent gérer leurs affaires en toute liberté.

En dehors de ce qui relève du domaine de la Loi ou de l’Administration, bien sûr. C’est pour cette raison en général, et s’agissant de la Collectivité léboue en particulier, que le Gouvernement ne s’est jamais mêlé de la désignation des Grands Serignes de Dakar. Il se contente de prendre acte et d’entériner les choix faits par la Collectivité.

Cette attitude de prudence ne devrait-elle pas prévaloir face à la guerre des Diaraf qui fait rage à Ouakam sur fond d’enjeux fonciers à centaines de milliards ? Il nous semble bien, en effet, que l’Etat, le ministre Abdou Karim Fofana en particulier, n’a pas à dire qui a raison dans cette querelle ni à choisir son camp. Les Ouakamois sont suffisamment grands et responsables et disposent des ressources pour résoudre cette crise qu’ils traversent. Au « Témoin », évidemment, nous ne sommes pas qualifiés pour dire lequel des quatre ( !) Diarafs qui s’y activent est le seul légitime. A supposer que, par extraordinaire, ils le soient tous ou, de la même manière, qu’aucun d’eux ne le soit, sur quoi s’est donc basé le ministre de l’Urbanisme, du Logement et de l’Hygiène publique pour donner raison au Diaraf Youssou Ndoye et à son clan ?

Encore une fois, qu’on nous comprenne bien : nous ne soutenons nullement que cet ex-employé de la Sones ne soit pas un Diaraf légitime. Simplement voilà : il n’est pas le seul à Ouakam où un autre Diaraf, M. Oumar Samb Guèye notamment, peut lui aussi se prévaloir d’une légitimité apparemment incontestable. Dans ces conditions, un ministre de la République peut-il se permettre d’avaliser, voire de légitimer un coup de force provoqué par le fait qu’une partie, ou un individu, s’arroge le droit de disposer des biens de toute une communauté ? Car les terres de Ouakam sont indivises et appartiennent à tous les habitants. Elles ne peuvent être aliénées que de façon consensuelle. M. Abdou Karim Fofana pourra certes dire que ce n’est pas à son niveau que l’indivision a été levée mais avait-il à l’entériner ? D’une manière générale peut-on — et là on s’adresse à la Justice — permettre à une partie de lever une indivision alors qu’une autre partie au moins tout aussi nombreuse et puissante s’y oppose ? Là est tout le débat qui se pose à propos de ce fameux titre foncier N° 5007 DG ou 1751 NGA !

Du fait de la division de la communauté léboue de Ouakam, l’argent (1,3 milliard auquel vont s’ajouter 3,2 milliards représentant l’indemnisation de l’Etat pour les 2 ha pris pour la construction de la route de l’ANOCI) généré par l’exploitation de la carrière immatriculée sous le TF ci-dessus, cet argent est bloqué, aucune des deux parties qui s’opposent ne pouvant y accéder. Comment se fait-il donc que ce qui n’a pas été possible avec cet argent puisse l’être pour le TF de la controverse ? La sagesse ne commande-t-elle pas de geler toute attribution sur ce terrain jusqu’à ce que les parties s’entendent ou jusqu’à ce qu’une décision de justesse intervienne ?

Le ministre nous dit qu’il est tenu d’intervenir pour octroyer un titre de propriété aux acquéreurs de parcelles sur ce TF. Des acquéreurs dont il convient, selon lui, de sécuriser juridiquement le bien. Sauf que, s’agissant d’un bien immobilier indivis appartenant à une communauté dont les représentants disent qu’ils ne vendent pas mais délivrent juste des autorisations d’occuper, on voit mal comment le ministre pourrait s’arroger ce droit. Sauf à outrepasser ses prérogatives. Car enfin, si à Touba des citoyens qui ont construit des résidences valant souvent des centaines de millions de nos francs ne peuvent pas disposer de titres de propriété — et M. Abdou Karim Fofana n’osera jamais essayer de leur en donner —, le TF de Touba étant indivis, on voit mal pourquoi les gens qui construisent sur un bien immobilier indivis de Ouakam pourraient prétendre, eux, à un acte de propriété ! La situation est trop tendue dans ce village et recèle de gros risques de troubles à l’ordre public pour qu’il soit besoin d’en rajouter.

C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, il y a quelques années, le préfet avait pris un arrêté pour interdire toute construction sur le site litigieux. Des acquéreurs avaient saisi la Cour suprême qui avait répondu en substance que nul ne peut être privé de la jouissance de son bien. C’est sur cette décision que, paraît-il, le ministre se serait appuyé pour dire que la juridiction suprême avait tranché en faveur du Diaraf Youssou Ndoye !

Surtout, le Diaraf Oumar Samb Guèye, dont le nom figure sur la liste des notables qui auraient demandé la levée de l’indivision soutient que sa signature a été imitée et a porté plainte pour faux (voir encadré). Les notables que nous avons rencontrés — à la tête desquels le Pr Babacar Guèye mais aussi citons parmi eux l’expert-comptable Blaise Diagne, ancien trésorier de la Fédération sénégalaise de football ou l’homme d’affaires Moustapha Ndoye, patron de la défunte société informatique ATI— sont des gens responsables, très au fait des affaires de leur communauté au centre desquelles ils évoluent depuis des décennies pour certains, connaissent et documentent tout ce qu’ils disent. Ce ne sont pas des farceurs, croyez-nous. On ne peut pas les écarter comme ça d’un revers de main.

Au contraire, le ministre a le devoir de les écouter au même titre que les responsable de l’autre partie. Ils connaissent leurs devoirs et, surtout, leurs droits. Raison de plus pour que M. Abdou Kader Fofana ne les traite pas de manière cavalière ou par-dessus la jambe ! Car, encore une fois, l’Etat n’a pas à prendre parti dans ces affaires coutumières…si ce n’est veiller à la préservation de la paix sociale. (Le Témoin)

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