Déchets plastique : les masques et gants utilisés contre le COVID-19 finissent dans la nature

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La consommation du plastique à usage unique a explosé depuis le début de la crise sanitaire et se voit renforcée à l’heure du déconfinement. Les masques et les gants jetés en pleine nature, un véritable fléau pour l’environnement, relancent le débat.

En effet, dans un monde parfait, les détritus liés à la pandémie du COVID-19, tels que les masques chirurgicaux ou encore les gants en plastique, devraient être déposés dans un sac pendant 24 heures avant de les jeter dans les ordures ménagères.

Evidemment, une fois que l’on observe autour de nous – les rues, les parkings de supermarché, les parcs ou les plages – on se rend compte que ces règles sont peu respectées. Pendant le confinement, on entendait souvent parler d' »une nature ayant repris progressivement ses droits » grâce à la tranquillité surprenante dans les grandes villes. Face à ces images impressionnantes, il y a eu beaucoup de réactions. C’était alors l’occasion pour certains de réfléchir à un monde plus respectueux de l’environnement. Mais alors, ce n’était que temporaire ? Une fois la population déconfinée, les bonnes résolutions semblent déjà oubliées pour laisser place aux incivilités…

Lutte contre le plastique à usage unique

De plus, alors que l’Union Européenne avait fait un premier pas en avant dans la lutte contre l’utilisation du plastique à usage unique, la crise sanitaire a, quant à elle, relancé la consommation.

Rappelons-le, le Conseil Européen a adopté une directive, il y a environ un an, « introduisant de nouvelles restrictions concernant certains produits plastiques à usage unique », indique le communiqué de presse du Conseil Européen, tout en ajoutant que celle-ci « s’appuie sur la législation existante de l’Union Européenne en matière de déchets, mais elle va également plus loin en imposant des règles plus strictes pour les types de produits et d’emballages qui figurent parmi les dix produits qui polluent le plus fréquemment les plages européennes. »

Par conséquent, à partir de 2021, les cotons-tiges, les couverts, les assiettes, les bâtonnets mélangeurs, les tiges pour ballon, les contenants alimentaires et les gobelets en polystyrène seront interdits à la vente.

« L’objectif de la directive européenne est de mettre fin à la pollution plastique mais pas uniquement. Elle cherche à réaliser une transition vers le réutilisable, plutôt que de remplacer un plastique à usage unique par un papier à usage unique par exemple. Cela n’aurait pas beaucoup de sens », explique Justine Maillot, Chargée de Campagne Consommation et Production de Zero Waste Europe, Coordinatrice Politique de Rethink Plastic Alliance et membre du mouvement Break Free Some Plastic.

De plus, comme l’indique Justine, une loi sur l’économie circulaire a été adoptée en février 2020 pour réduire les déchets et interdire le plastique à usage unique sous toutes ces formes d’ici 2040.

« L’économie circulaire est un modèle économique dont l’objectif est de produire des biens et des services de manière durable, en limitant la consommation et les gaspillages de ressources (matières premières, eau, énergie) ainsi que la production des déchets. Il s’agit de rompre avec le modèle de l’économie linéaire (extraire, fabriquer, consommer, jeter) pour un modèle économique ‘circulaire' », comme l’indique le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire.

Cependant, Laura Chatel, Responsable du plaidoyer Zero Waste France, préfère rester sur ses gardes face à ces nouvelles réglementations. « Bien qu’elles ne soient pas remises en cause, certains lobbies ont tout de même essayé. Certaines dispositions doivent encore être mises en œuvre concrètement, voilà pourquoi il faut être vigilant à ce qu’il n’y ait aucun retard ou aucune remise en cause en raison de la crise sanitaire actuelle. »

Les alternatives au plastique

La rapidité de la propagation du virus et la peur de la contamination ont fait réagir l’ensemble de la population dans l’urgence. Beaucoup se sont rués sur l’achat de gants en plastique, de masques ou encore de lingettes désinfectantes avec l’envie, certainement, de bien faire.

Cependant, cette surconsommation de plastique à usage unique n’est pas essentielle. Il y a des alternatives. Par exemple, plutôt que de porter un masque chirurgical, il est préférable d’utiliser un masque en tissu, réutilisable après l’avoir lavé dans de l’eau à 60 degrés.

« Au sein de Zero Waste Europe, nous travaillons surtout sur les questions des emballages. Cependant, en ce qui concerne les masques et les gants, nous savons qu’il y a peu de mesures qui ont été prises », a commenté Justine Maillot, tout en précisant que « la directive européenne a tout de même pris en compte la problématique des lingettes. Une question particulièrement importante aujourd’hui, avec le COVID-19, car beaucoup de personnes nettoient leurs surfaces avec ce produit ».

En effet, la directive européenne a renforcé le principe du « pollueur-payeur » avec l’extension du principe de Responsabilité Élargie du Producteur (REP). Par conséquent, les entreprises continuant de mettre certains produits sur le marché devront contribuer à payer les coûts de gestion de ces déchets tout en veillant à leur recyclage.

« Jusqu’à présent la directive européenne s’est concentrée essentiellement sur tout ce qui concerne la grande consommation plutôt que le secteur hospitalier », a précisé Justine.

Le bioplastique, une solution ?

Aujourd’hui, les réflexions et les idées pour changer notre mode de consommation tout en protégeant notre environnement sont en plein boom. On parle beaucoup du bioplastique, mais est-ce la bonne solution pour limiter la consommation du plastique à usage unique ?

Il faut bien faire la distinction entre les deux types de bioplastique qui existent : les bio-sourcés et les biodégradables. « Pour les plastiques bio-sourcés, la seule différence avec le plastique est sa fabrication. Ils proviennent de sources telles que la canne à sucre ou encore le maïs. Malgré cette différence, leur fin de vie est la même et ils polluent de la même façon », a-t-elle indiqué. « En ce qui concerne les plastiques biodégradables, qu’ils soient bio-sourcés ou issus du pétrole, ce sont des plastiques qui, en fin de vie, vont se bio-dégrader selon certaines conditions. En effet, ils sont biodégradables, ou plutôt compostables, uniquement dans un milieu adéquat comme par exemple le compostage industriel ou éventuellement le compostage à la maison en respectant les quantités correctes pour l’équilibre du compostage. »  

Cependant, si on analyse la question environnementale, le plastique biodégradable n’est pas la meilleure solution. « Tout d’abord, le plastique va prendre plusieurs semaines à se décomposer et cela aura des conséquences sur la faune et la flore. De plus, la biodégradation ne sera jamais complète à 100% », a-t-elle répondu.

Face à la problématique du plastique à usage unique, les bioplastiques ne constituent pas une réponse adaptée et viable. « Ce qu’il faut c’est se diriger vers des solutions réutilisables. Surtout pour tout ce qui est produit de grande consommation. »

Le COVID-19, un recul face aux politiques environnementales ?

La crise sanitaire du coronavirus a été si rapide, forte et intense que le volet environnemental a été mis de côté. « C’est compréhensible, on a eu peur et on nous a fait peur. Le résultat de tout cela est qu’on devient un peu paranoïaque. Par exemple, en ce qui concerne les bouteilles d’eau en plastique, il est recommandé de ne plus utiliser les fontaines d’eau dans les lieux de travail et de distribuer des bouteilles en plastique. C’est un recul face à tous les efforts réalisés jusqu’à présent », a expliqué Pénélope Vincent-Sweet, du réseau Prévention et Gestion des Déchets de France Nature Environnement, tout en commentant que « c’est sur le plastique que le virus dure le plus longtemps. »

De plus, il y a eu quelques couacs au niveau de la gestion des déchets liés au coronavirus. « Des masques et des mouchoirs sont jetés dans les poubelles de tri sélectif. Cela relève d’une mauvaise compréhension et d’un manque d’information », a-t-elle indiqué.

D’autres ne prennent même pas le temps de réfléchir et jettent directement leurs détritus liés au COVID-19 dans la nature. Moins de prise de tête et bien plus simple n’est-ce pas ?

« La plupart des produits jetables utilisés pendant cette crise sont composés de plastiques (masques, lingettes, suremballages). On peut malheureusement craindre une augmentation des déchets produits en raison du déconfinement et peut être aussi une augmentation des déchets abandonnés dans la nature », a commenté Laura Chatel.

N’oublions pas que le plastique a besoin de plusieurs centaines d’années avant de se détériorer, et pendant ce temps là « il provoque des dégâts sur la biodiversité comme l’étouffement, l’empoisonnement d’animaux, la dispersion de substances polluantes par l’intermédiaire des additifs contenus dans certains plastiques. »

Mais alors quelles mesures sont prises par le gouvernement en réaction à cette vague de pollution plastique ? D’après Laura Chatel, « aucunes mesures spécifiques n’ont été mises en place pour limiter ce phénomène. Il y a eu quelques communiqués du Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire pour rappeler que le suremballage ne protège pas contre le virus. »

Cependant, la crise du COVID-19 a également mis en lumière de nouvelles habitudes chez les français. Beaucoup ont commencé à se déplacer en vélo, certains ont préféré consommer « local », d’autres ont eu le temps de réfléchir à de nouveaux modes de consommation plus respectueux de l’environnement. La question aujourd’hui est de savoir si cette situation est simplement temporaire…

« Il y a peut-être des habitudes que la population va garder, comme le vélo par exemple. Les changements se font progressivement », a ajouté Pénéloppe de France Nature Environnement.

« On a pu voir des choses encourageantes avec, par exemple, l’augmentation de la vente des couches lavables et réutilisables. En effet, les parents, par peur de pénurie, ont préféré consommer des couches réutilisables. Il y a eu un recentrage sur tout ce qui est ‘local’. Tout cet ensemble a été bénéfique », a argumenté Justine de Zero Waste Europe.

La pandémie a remis au goût du jour les circuits courts, c’est-à-dire la consommation locale, directement du producteur au consommateur.

Les efforts doivent continuer contre les déchets en plastique

Les actions de l’Union Européenne s’axent en particulier sur la réduction, voire la suppression, du plastique à usage unique avec « la volonté d’adopter une législation pour assurer la durabilité des produits et pousser à leur réutilisation », a expliqué Justine Maillot. Selon elle, toutes ces modifications doivent s’accompagner d’un changement des systèmes de distribution.

« La pollution plastique est largement poussée par l’offre plutôt que par la demande. On entend souvent l’industrie se justifier en expliquant que ‘les consommateurs veulent ce type d’emballage plastique’. En réalité, la crise du plastique est étroitement liée au fait qu’il y a un marché du plastique immense et qu’il est très économique à produire, notamment depuis le boom du gaz de schiste et la diminution actuelle du prix du pétrole », a-t-elle précisé.

Les associations et les organismes qui luttent pour en finir avec la pollution pastique permettent d’alerter sur l’urgence de la situation actuelle. « Nous essayons de résister aux lobbies qui voudraient profiter de cette crise pour ralentir les efforts réalisés contre l’usage du plastique », a ajouté Laura Chatel.

Il est alors essentiel de faire de la pédagogie et d’orienter les consommateurs vers un choix de consommation beaucoup plus durable. Il y a encore du travail à faire comme le conclut Justine: « De façon générale, il y a encore beaucoup à faire pour que la tendance s’inverse au niveau global. Si nous n’agissons pas dès maintenant en ce qui concerne la production, je pense que les mesures prises et la volonté des consommateurs ne suffiront pas. »

Source : notre-planete.info

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